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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 19:33

k0060044.jpgL’étude la plus ambitieuse jamais menée sur les liens entre alimentation et violence est en cours dans une prison britannique.

L ’Institution royale pour jeunes délinquants de Polmont est la prison la plus violente d’Ecosse. Les surveillants ont pourtant l’air d’être en bons termes avec les détenus, environ 700 jeunes hommes de 16 à 21 ans, dont beaucoup seront plus tard transférés dans des prisons d’adultes pour y purger des peines de réclusion à perpétuité. La violence survient en un éclair, souvent à des points chauds tel un croisement entre deux couloirs, où des groupes de prisonniers peuvent se retrouver face à face. En général, les gardiens interviennent efficacement avant que la situation ne dégénère. Mais pas toujours. Des agressions à coups de couteau ont déjà eu lieu, et il y a quelques semaines un détenu a été emmené à l’hôpital après avoir eu le visage ébouillanté. C’est la violence qui a conduit bon nombre de ces jeunes en prison. Et cette même violence a attiré à Polmont une autre catégorie de personnes : une équipe de scientifiques. 


A l’heure du déjeuner, les prisonniers sortent de leurs cellules et se rassemblent autour d’un chariot fumant. Après avoir rempli leur plateau de l’ordinaire – pain, saucisse, soupe –, ils s’avancent vers une table occupée par des chercheurs, tous vêtus de chemises rose vif (afin qu’on les distingue bien du personnel carcéral). L’un des jeunes détenus hésite un instant avant de poser son plateau sur la table. Lisa Gilmour, psychologue, repère le nom du jeune sur une liste de prisonniers qui se sont portés volontaires pour l’étude. A côté du patronyme figure un code qui correspond à un sachet contenant des comprimés. Elle les donne au prisonnier et le regarde les avaler avec de l’eau.

Ces comprimés sont soit un complément standard de vitamines, de minéraux et d’acides gras essentiels, soit des placebos à base d’amidon, qui ont exactement le même goût que les compléments. Le prisonnier n’a aucun moyen de savoir si on lui a donné le vrai ou le faux complément alimentaire, et Mme Gilmour non plus, car c’est une autre équipe qui a réparti les prisonniers au hasard entre le groupe de traitement et le groupe témoin [ou groupe de contrôle, celui qui reçoit le placebo]. Quant aux gardiens, qui ne savent pas non plus quels prisonniers sont vraiment sous traitement, ils surveillent le comportement de leurs pensionnaires comme à l’ordinaire, notant la moindre infraction, depuis les propos menaçants jusqu’aux agressions physiques. Le but de cette étude en double aveugle est de répondre de façon définitive à une question qui tourmente les psychologues comportementaux depuis un siècle : les déséquilibres nutritionnels sont-ils une cause de violence ?

Une meilleure alimentation ne peut pas tout résoudre

Le directeur de l’étude, Bernard Gesch, chercheur en nutrition et en criminologie à l’université d’Oxford, se tient à l’écart, suivant en silence la bonne marche des opérations. En 2002, il a publié les résultats d’un essai similaire en double aveugle mené sur plus de 200 jeunes prisonniers d’Aylesbury (Angleterre) : ceux qui ont reçu des compléments alimentaires ont commis nettement moins de violences que ceux du groupe témoin.

Impressionné par ces premiers résultats et la rigueur de l’expérience, le Wellcome Trust [fondation britannique] a annoncé l’année dernière qu’il financerait à hauteur de 1,5 million d’euros une étude en double aveugle portant sur plus de 1 000 prisonniers de Polmont et de deux autres prisons du Royaume-Uni. L’étude, prévue sur trois ans, a débuté au printemps dernier. Elle comprend des analyses sanguines et une batterie de tests comportementaux et cognitifs sur ordinateur. Il s’agit ainsi de répondre à la question à laquelle la première étude n’avait pas permis de répondre : si effectivement un régime équilibré refrène la violence, comment le fait-il exactement ?

“L’idée qu’il y ait un lien entre régime alimentaire et comportements asociaux n’est pas nouvelle”, reconnaît Bernard Gesch. Mais, pour que les théories associant nutrition et violence commencent à être prises au sérieux, il a fallu que la chimie et la physiologie révèlent dans l’alimentation la présence de molécules capables de réguler les hormones et les neurotransmetteurs – et donc vraisemblablement le comportement. “Il y a eu beaucoup d’affirmations exagérées dans ce domaine et pas assez de vraies études contrôlées contre placebo”, fait valoir Eugene Arnold, psychiatre et ancien directeur du Nisonger Center à l’université d’Etat de l’Ohio à Columbus. Certaines études ont montré qu’il y avait “manifestement un lien” entre les substances nutritives et les troubles du comportement – par exemple entre nutrition et dépression –, mais les essais rigoureux sont restés l’exception, poursuit-il. La plupart des études concernant les effets de la nutrition sur le comportement asocial ne sont pas probantes, car elles ne suivent pas un protocole suffisamment rigoureux.

Les théories expliquant la manière dont la nutrition agit sur le comportement sont presque aussi nombreuses que les éléments nutritifs eux-mêmes. M. Gesch espère que les données provenant de l’étude des échantillons sanguins et des tests comportementaux révéleront laquelle de cette bonne vingtaine de substances nutritives – agissant sur de nombreux traits du comportement – favorise la violence [voir tableau]. M. Gesch ne s’attend pas à une réponse simple. “La nutrition est affaire d’équilibre, précise-t-il, ce n’est pas comme la pharmacologie.” Mais, même si la biochimie de la violence s’avère trop complexe pour qu’on puisse la faire ressortir des données, l’étude pourrait apporter un nouvel éclairage sur la question.

source : courriel internationnal

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Published by Christelle DALLERAC - dans Nutrition
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